L’enjeu était donc de taille : adapter une structure résidentielle puis administrative à un programme hôtelier de très haut standing, tout en respectant des zones patrimoniales classées, dont la restauration a fait l’objet de négociations approfondies avec les autorités de protection du patrimoine.
L’intervention sur ce bâtiment a été menée avec la rigueur propre aux projets de restauration patrimoniale. De nombreux décors avaient disparu sous des aménagements de fortune : des plafonds dorés moulurés recouverts par des dalles acoustiques, ou encore des volumes remarquables déformés par l’usage tertiaire, comme un grand salon bleu invisible transformé en boîte rectangulaire pour accueillir des salles de réunion. Ce salon, initialement en acajou puis peint en bleu, a été redécouvert et remis en valeur.
Tout l’enjeu a été de restituer à ces espaces leur grandeur initiale, redonner une cohérence d’ensemble à la circulation de la lumière, tout en intégrant les contraintes techniques modernes.
L’espace emblématique de l’hôtel reste sans doute la grande verrière du restaurant La Bauhinia. À l’origine simple cour intérieure, elle avait été recouverte d’une toiture de zinc dans les années 1960 pour créer un auditorium accompagné d’un faux plafond Art déco. Sa redécouverte lors de la démolition a conduit à la décision de préserver et réinterpréter sa structure métallique de type Eiffel, révélée lors des travaux. La verrière, bien que n’étant pas d’origine, datait de 1928-1929. Sa réhabilitation constitue un geste architectural fort, mêlant héritage et esprit contemporain.
Les sous-sols ont été entièrement repensés et étendus jusqu’à quatre niveaux, pour intégrer toutes les infrastructures techniques sans dénaturer les volumes historiques en surface. Ce type d’intervention, véritable « cathédrale souterraine », constitue un exploit en milieu urbain dense et illustre la singularité des grands projets parisiens.
À la recherche de la sérénité
Le projet s’est inscrit dans l’atmosphère sereine et intimiste de l’enseigne Shangri-La. Contrairement à ses resorts de grande capacité, l’hôtel parisien a été pensé comme un établissement familial presque confidentiel, à l’échelle d’un hôtel particulier. Les espaces publics y conservent cette discrétion, sans lobby monumental, mais avec des enfilades de pièces raffinées, des escaliers majestueux et des corridors restaurés avec précision.